Le rêve de Cassandra

Publié le par Mathilde

Voici une critique écrite par Romain Le Vern pour le site avoir-alire.com à propos du film Cassandra's Dream.

"LE REVE DE CASSANDRA

Durée : 1h43mn
Titre original : Cassandra’s dream
A son meilleur, Woody Allen réalise avec Le rêve de Cassandra une tragédie moderne ultime et implacable avec Colin Farrell et Ewan McGregor, impériaux.

L’argument : Sur un coup de coeur, deux frères s’offrent un voilier qu’ils baptisent "Cassandra’s Dream". Une vraie folie car ni l’un ni l’autre n’ont réellement les moyens d’assumer ce signe extérieur de richesse. Terry travaille dans un garage tandis que Ian dirige le restaurant de leurs parents. Lorsque le premier est confronté à une importante dette de jeu et que le second s’éprend d’Angela, ambitieuse comédienne de théâtre, ils sont obligés de solliciter l’aide de leur oncle Howard qui a fait fortune en Californie. En contrepartie de son solide coup de pouce financier, il leur demande de lui rendre un petit service.

Notre avis : Après la petite baisse de régime Scoop, Woody Allen est reparti de plus belle avec Le rêve de Cassandra, troisième meurtre dans un jardin anglais, dont la réussite évoque celle de Match Point (renouvellement formel et narratif, volonté de chercher des noises à son propre cinéma, sublimation des acteurs, partie de ping-pong moral dérangeante). Il s’agit ni plus ni moins d’une superbe tragédie moderne où des personnages de rien deviennent des figures de mythologie greco-romaine (on parle de Médée au gré des conversations, on pense à Remus et Romulus). Preuve réelle de la vitalité du cinéaste : il lui faut juste dix minutes pour introduire ses personnages, placer la musique doucereuse de Philip Glass, situer le contexte et préfigurer des enjeux dramatiques brûlants. La suite est une succession de séquences discrètement virtuoses où le disciple de feu Bergman zigzague dans les méandres de son récit, court-circuite les conventions et nos a priori, farfouille dans les zones d’ombre de ses personnages rongés par la culpabilité qui passent ainsi au-delà de toute blancheur univoque vers le mystère et offre in fine de beaux contre-emplois aux deux acteurs principaux : l’angélique Ewan McGregor dans tout son machiavélisme et le bourrin Colin Farrell dans toute sa fragilité.
Tous les personnages secondaires qui évoluent autour d’eux (membres de la famille, petites amies respectives) semblent appartenir à un chœur antique qui dynamise la narration. Accessoirement, ils permettent tous à Allen d’explorer au plus profond ses obsessions Dostoïevskiennes, notamment la thématique sur la loi, la pulsion et Dieu. Mieux, la réussite du Rêve de Cassandre ne réside pas que dans la substance mais également dans la mise en scène impec où chaque plan semble habité et remarquablement découpé pour ausculter toutes les ambivalences morales sans avoir recours à la pénible démonstration. Résultat du nouveau cru : cette mécanique inventive et fluide stimule. Longtemps. Plus que jamais, au pays de Shakespeare, le septuagénaire Woody est au sommet de son art. Une réussite totale au classicisme rutilant, aux réparties retorses, aux rebondissements implacables que nous serions gourds de ne pas célébrer."

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Publié dans NEWS

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