Filmer des stars avec Woody Allen

Publié le par Mathilde

    Quelques habitants de la ville se frottent les yeux, essayant de se persuader que les deux hommes en face d'eux sur le pont, discutant de façon si naturelle, sont vraiment des stars de cinéma internationales. Ils sont d'autant plus étonnés quand le plus connu des New-Yorkais, légende de la comédie aux multiples Oscars, Woody Allen, passe à côté d'eux, un énorme casque sur les oreilles.

    Quand le premier assistant du réalisateur leur cria qu'ils étaient prêts, Colin écrase sa cigarette, attrape deux packs de six et un lecteur CD, avant de suivre Ewan en direction de la caméra. Woody s'y tient à côté, silencieusement. Il n'utilise pas de mégaphone, il ne fait qu'observer alors que les deux stars marchent le long de la passerelle qui mène au bateau. Il ne dit pas "Action". "Je n'ai jamais dit Action de ma vie", déclare-t-il en riant.

   Il ne dit pas "Coupé" non plus. A la fin de la prise, il ne demande simplement que "Ok ?" avant de se diriger vers les deux acteurs pour leurs donner des directives pour la prochaine prise. C'est donc un plateau très calme sur lequel nous nous trouvons, très concentré, sans hurlements ni stress. Peut-être parce que Woody permet à ses acteurs beaucoup de liberté.

    "Je n'ai presque jamais rien à dire (à Ewan et Colin)" déclare-t-il, alors que je saisis une chance de lui adresser la parole entre deux prises. "Je leur dis généralement d'aller là où ils veulent, se placer là où ça leur chante, porter ce qui leur plaît, et il le font ; finalement 98% du temps, ce qu'ils font est bon."

    Bien que j'aie le droit de regarder, il y a pas mal de restrictions. Je ne suis pas autorisé à parler aux deux acteurs principaux. Et personne n'est autorisé à me parler de l'intrigue. Sans doute parce qu'ils n'en savent rien eux-même. Tout ce que je sais, c'est que le film est centré sur deux frères qui se convertissent au crime et deviennent ennemis. Je découvre aussi qu'il a plus l'air d'un mélodrame plus dans le style de "Match Point" que celui de "Scoop", une comédie d'enquête assez idiote que Woody Allen a tourné l'été dernier. Etant donné l'accueil donné à "Scoop" aux Etats-Unis, ce n'est pas plus mal.

    Le réalisateur a également trouvé une nouvelle première. Exit Scarlett Johanson, voici Haley Atwell. Elle est Anglaise et a 24 ans - ce qui est plus âgé que Scarlett - mais tient toujours ce physique et ce charisme étincelant qui avaient attiré Woody chez Scarlett. Elle a obtenu son diplôme à la Guidhall School of Music and Drama un an plus tôt et s'est d'ores et déjà faite un nom en travaillant au RCS, avec un rôle au Prometheus Bound dans le West End et un autre rôle de choix dans "The Line of Beauty" diffusé sur la BBC. Allen l'a choisie après avoir visionné une cassette lui provenant d'un directeur de casting à Londres, avant que la série télévisée ne soit diffusée. Puis il lui demanda de venir à New York et l'embaucha immédiatement après son audition.

    La jeune fille ne se remet toujours pas de sa chance, au point de révéler peut-être un peu plus à propos de l'intrigue qu'elle n'aurait du. "J'incarne Angela Stark", dit-elle. "C'est une fille très ambitieuse qui vient du milieu ouvrier et elle débarque à Londres dans l'intention de devenir célèbre. C'est une séductrice, elle a énormément confiance en elle-même. Elle sait l'effet qu'elle a sur Ian, le personnage d'Ewan."

    Hayley Atwell, qui partagera la vedette avec Billie Piper dans l'adaptation de ITV de "Mansfield Park" l'année prochaine, admet que tous sont plus ou moins intimidés par Woody. Ce dernier, en retour, semble très respectueux de son équipe : "Ewan et Colin sont des acteurs si parfaits et dynamiques", dit Woody, alors qu'il est assis sur un banc entre deux prises. "Je ne connaissais pas vraiment leur travail avant. J'avais vu Ewan dans "Guys and Dolls" au théâtre et dans "Young Adam" mais je ne connaissais pas du tout celui de Colin. Il est arrivé et a dit coucou, et puis 20 secondes plus tard, j'ai su que je devais l'avoir pour ce film."

    Woody Allen est venu pour la première fois en Angleterre deux ans auparavant, pour faire "Match Point". Il avait épuisé les méthodes traditionnelles de financement aux Etats-Unis - ou dumoins il ne voulait plus travailler avec les studios hollywoodiens qui voulaient avoir un droit de regard sur la façon dont les films étaient tournés et sur leur casting. Woody voulait que la compagnie investisse sans interférer avec son travail.

    "Les compagnies favorables à de telles méthodes de travail sont toutes Européennes" dit-il avec une once de résignation. "Et je préfère faire des films à l'étranger en étant complètement libre que d'avoir à supporter ce que subissent les autres réalisateurs Américains qui doivent coopérer avec leurs investisseurs."
La filmographie de Woody est bonne, mais pas parfaite. Alors que, pendant plusieurs années, nombreux ont été les cinéphiles de par le monde à attendre avec impatience leur dose annuelle de réflexions bien placées sur la signification de l'amour, la vie et autres (Annie Hall, Manhattan, Hannah and Her Sisters et Crimes and Misdemeanors), la dernière décennie lui a été moins profitable. Apparemment, le réalisateur sembla souffrir d'un manque de créativité dans ses films. Des films tels que Anything Else, The Curse of the Jade Scorpion et Small Time Crooks ont récolté les pires critiques dans la carrière de Woody.

    Avec Match Point, cependant, il vit une sorte de renaissance. Le changement de décor pour l'Angleterre lui a clairement fait du bien, donnant une seconde jeunesse à sa créativité. Sa soeur Letty Aronson, également sa productrice à plein-temps, est persuadée qu'il est devenu plus sociable envers son équipe depuis qu'il a commencé à tourner au Royaume-Uni.

    "Ca a été une expérience libératrice, que de travailler en Angleterre" dit-elle. "Parce qu'en n'étant pas à New York, il ne rentre pas chez lui pour déjeuner et sort davantage avec l'équipe. Il y avait Scarlett Johansson qui travaillait avec nous pour les deux premiers films et c'était quelqu'un de très amical et de sociable. Et il aime vraiment être à Londres. Il a loué une maison. Sa femme et ses enfants sont là et il aime les restaurants. Et le temps."

    Son attitude nouvellement plus détendue pourrait expliquer mon invitation sur le plateau. C'est le maximum qu'il ait fait pour les médias pendant qu'il tournait encore un de ses films. La seule surprise demeure dans le fait qu'on fasse tout ce bruit autour de ses films à soi-disant gros budgets, autant sur ses caprices de réalisateur.

    Alors que j'observe Woody achever d'autres prises avec Ewan et Colin, l'histoire du film demeure pour moi toujours aussi floue. Cependant, le mystère qui planait autour de sa façon de tourner a été, lui, révélé.

    Il ne crie ni même n'élève la voix. Il est professionnel et doux, peut-être même un peu timide. Dans cet lancée d'ouverture, je décide que je pourrais peut-être tenter ma chance et me renseigner à propos de son prochain film qui sera tourné à Barcelone, seulement parce qu'un studio Espagnol a proposé de le financer.

    Mais je n'obtiens pas grand chose de lui. Il explique vaguement qu'il va s'occuper de la post-production de ce film très rapidement, dans deux semaines. "Seulement après je commencerai à travailler sur le film de Barcelone."

    Woody s'éclipse et je demande à Aronson comment il compte se débrouiller avec la chaleur estivale et la lumière vive de Catalogne. "Je sais", dit-elle. "Il va faire très chaud et il va y avoir beaucoup de soeil. Alors il devra écrire quelque chose qui s'adaptera au climat. Ou qu'on devra tourner à l'intérieur."

Source:
This is London
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Publié dans MEDIA

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